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Penser la diversité et l’inclusion autrement : l’apport de l’éthologie au management

  • Photo du rédacteur: christinechemin
    christinechemin
  • 13 janv.
  • 5 min de lecture

Diversité et inclusion : changer de regard grâce à l’éthologie


Et si la diversité commençait par un changement de regard… au sens propre ?


Savez-vous comment le cheval voit le monde ? Et surtout : voyez-vous le lien entre cette question et les enjeux de diversité et d’inclusion en entreprise ?

Si vous êtes une personne « normalement constituée », vous répondrez sans doute non à la première question, et aucun à la seconde. Et pourtant… S’intéresser à la perception sensorielle d’une autre espèce n’est pas une simple curiosité naturaliste. C’est un puissant exercice de décentration. Il oblige à reconnaître une chose souvent difficile à accepter : ce qui nous semble évident, objectif et rationnel… ne l’est jamais totalement.


Réalisme naïf : pourquoi nous croyons voir « la réalité telle qu’elle est »


En psychologie sociale et en philosophie, on parle de réalisme naïf pour décrire une tendance très humaine : nous croyons spontanément que notre perception du monde est une lecture fidèle, neutre et évidente de la réalité. Conséquence directe : si quelqu’un perçoit la situation autrement que nous, il se trompe, il exagère, il manque de lucidité ou se comporte de façon irrationnelle.

Ce biais rend extrêmement difficile l’acceptation d’une idée pourtant fondamentale pour la diversité et l’inclusion :👉 plusieurs perceptions différentes peuvent être également valides, même lorsqu’elles s’opposent.


Ce que la vision du cheval nous apprend sur la subjectivité des perceptions



Mes recherches en anthropologie m’avaient déjà sensibilisée au rôle des cadres culturels dans notre manière de percevoir le monde. Mais c’est en étudiant l’éthologie — et notamment les sens du cheval — que j’ai pleinement mesuré à quel point toute perception est située.


Le cheval voit le monde en couleur, mais pas avec les mêmes nuances que nous. Contrairement à l’humain, qui possède trois types de cônes rétiniens (bleu, vert/jaune, rouge/orange), le cheval ne perçoit pas le rouge de la même manière.

Conséquence très concrète : des cavaliers placent parfois des barres rouges en haut des obstacles, pensant mieux guider leur cheval. Or, lorsqu’on reproduit la vision équine à l’aide d’outils simulant son mode perceptif — ce que les éthologues appellent son Umwelt — cette barre rouge est moins visible que celles du dessous.

Le cheval fait alors davantage de fautes… que l’on attribue à tort à un manque de concentration, de volonté ou de « bonne foi ».Le problème n’est pas comportemental. Il est perceptif.


Même logique pour les réactions parfois jugées « excessives » lors de passages ombre/lumière : l’œil du cheval met plus de temps que le nôtre à s’adapter aux changements de luminosité. Ce qui nous paraît anodin peut être, pour lui, objectivement déstabilisant.


Diversité et inclusion : quand des réalités différentes coexistent


Chez l’humain aussi, de nombreuses dimensions façonnent des réalités vécues différentes :

  • cadres culturels,

  • expériences passées,

  • tempéraments,

  • sensibilité émotionnelle,

  • modes cognitifs de traitement de l’information,

  • situations de handicap visibles ou invisibles.

Même au sein d’une même espèce, il n’existe jamais une lecture unique, évidente et universellement “juste” d’une situation.


📍 Augmenter la diversité augmente mécaniquement le risque de décalages perceptifs.

Ces mécanismes sont particulièrement visibles dans les situations de management interculturel. Lorsque des collaborateurs issus de cultures différentes interprètent différemment un silence, une prise de parole directe, une consigne implicite ou explicite, le malentendu est souvent attribué à un “problème de communication”. En réalité, il s’agit d’un décalage de cadres perceptifs et normatifs — exactement comme dans l’exemple éthologique. Là encore, croire que sa lecture est la seule évidente empêche toute inclusion réelle. 


Ainsi ces différences perceptives sont un fait. La question n’est pas d’essayer de les éviter ou de les supprimer, mais d’apprendre à travailler avec. En faire une force - une source de créativité, de meilleure prise de décision, un contre-poids contre nos angles morts individuels - plutôt qu’un frein.


L’empathie cognitive : une compétence clé pour l’inclusion


Transformer la diversité en richesse collective suppose une capacité centrale : l’empathie cognitive.

Il ne s’agit pas de ressentir à la place de l’autre, ni d’être d’accord avec lui. Il s’agit de comprendre comment il perçoit la situation, depuis sa propre réalité. Cette compétence permet de suspendre temporairement le jugement automatique — « il exagère », « il est irrationnel », « il ne comprend rien » — pour rouvrir un espace de dialogue, de clarification et de co-construction.


Qu’il s’agisse de relations humaines… ou de relations homme–cheval, le mécanisme est étonnamment similaire.


Pourquoi l’éthologie est un levier puissant pour penser le management inclusif


Le détour par le vivant n’est pas une métaphore décorative. Il constitue un outil pédagogique redoutablement efficace pour :

  • rendre visibles nos angles morts perceptifs,

  • travailler l’empathie sans charge idéologique,

  • aborder les sujets de diversité et d’inclusion de manière concrète, expérientielle et non moralisante,

  • créer un langage commun entre des personnes aux points de vue très différents.


C’est précisément à cette croisée — éthologie, anthropologie et management — que s’inscrivent les dispositifs que je conçois au sein de The Reset Institute, et les formations que je propose aux professionnels du monde équin ( Instant Cheval Pro)


En conclusion


Observer le cheval, c’est accepter l’idée dérangeante mais féconde que notre perception n’est jamais la mesure de toute chose. C’est aussi une invitation puissante à repenser nos pratiques managériales, nos dispositifs de formation et notre manière d’aborder la diversité.


👉 Vous souhaitez aborder les enjeux de diversité et d’inclusion autrement, en mobilisant des approches issues du vivant et des sciences humaines ?

👉 Vous êtes professionnel du monde équin et souhaitez renforcer la solidité conceptuelle de vos accompagnements ?

Je serais ravie d’explorer avec vous ces passerelles entre éthologie, leadership et transformation des organisations.


 

Pour aller plus loin – Quelques repères scientifiques

  • Haidt, Jonathan. The Righteous Mind: Why Good People Are Divided by Politics and Religion. Pantheon Books, 2012.

  • Norman, Minette. The Boldly Inclusive Leader: Transform Your Workplace (and the World) by Valuing the Differences Within. Greenleaf Book Group Press, 2023.

  • Geertz, Clifford. The Interpretation of Cultures. Basic Books, 1973.

  • Meyer, Erin. The Culture Map: Breaking Through the Invisible Boundaries of Global Business. PublicAffairs, 2014.

  • von Uexküll, Jakob. A Foray into the Worlds of Animals and Humans: With a Theory of Meaning. University of Minnesota Press, 2010.

  • de Waal, Frans. L’Âge de l’empathie : Leçons de la nature pour une société solidaire. Les Liens qui Libèrent, 2010.


Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir de manière accessible et pédagogique la façon dont le cheval perçoit le monde — et ce que cela change dans notre relation à lui — j’aborde ces questions dans Instant Cheval : la connaissance du cheval expliquée de 7 à 97 ans. Un support grand public, également utilisé comme base pédagogique dans mes formations.


Instant Cheval : la connaissance du Cheval expliquée aux enfants...de 7 à 97 ans
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