Comment protéger son cheval des [futures] canicules ?

Canicule et cheval : comment le protéger de la chaleur ?
La rentrée est là. Quelques gouttes de pluie sont enfin revenues et, avec elles, la tentation de reprendre le rythme quotidien trépidant en tournant la page des fortes chaleurs de cet été. Et si, au lieu de cela, on apprenait de celles-ci ? Mieux vaut ne pas oublier trop vite les enseignements de ces épisodes caniculaires : ils sont appelés à se répéter. C’est précisément maintenant, alors que l’urgence semble passée, que nous pouvons – et avons intérêt à ! – commencer à préparer nos chevaux aux fortes chaleurs et aux canicules des étés de demain.
Avez-vous passé votre été à vous torturer les méninges pour savoir comment aider au mieux votre équidés – abri, couvertures anti-insectes, douche, etc ? En vérité, il est très difficile – et peut devenir épuisant- de savoir quoi faire car les chevaux ne vivent pas forcément les chaleurs de la même façon que nous. Chaque individu réagit différemment. Et nos amis équidés sont constamment en train de jongler aussi entre des besoins et gênes multiples – besoin de se protéger des fortes chaleurs, mais aussi des insectes, de continuer à s’alimenter, etc.
Ainsi face à la chaleur, la question n’est peut-être pas seulement : comment protéger davantage nos chevaux ? Elle est aussi : comment aménager leur environnement pour leur permettre de mieux se protéger eux-mêmes ? Car ce sont eux, au final, qui sont les mieux placés pour savoir ce dont ils ont besoin.
Et une partie de la réponse pourrait être beaucoup plus simple qu’on ne le pense : planter des arbres.
Face à la chaleur, le cheval s’adapte
Comme nous, le cheval dispose de différents mécanismes physiologiques pour maintenir sa température corporelle lorsqu’il fait chaud. Il augmente notamment ses pertes de chaleur par la transpiration et, lorsque cela devient nécessaire, par l’augmentation de sa fréquence respiratoire.
Mais il ne s’adapte pas seulement physiologiquement. Il adapte aussi son comportement.
C’est précisément ce qu’a étudié le projet SHADE, conduit sur le plateau technique de l’IFCE à Chamberet. Les chercheurs ont observé 18 juments vivant au pâturage, certaines ayant accès à un abri naturel boisé, les autres non.
Lorsque les températures augmentaient, les chevaux modifiaient leur emploi du temps. Entre 25 et 30 °C, ceux qui n’avaient pas accès à l’ombre réduisaient davantage leur temps d’alimentation. Au-delà de 30 °C, les chevaux des groupes sans ombre ou avec seulement une ombre partielle passaient davantage de temps au repos debout que ceux qui disposaient d’un bois.
L’ombre n’est donc pas seulement un élément de « confort ». Elle constitue une ressource que le cheval peut mobiliser pour adapter son comportement aux conditions climatiques.
Et c’est là que les arbres deviennent particulièrement intéressants.
Pourquoi un arbre dans un pré fait beaucoup plus que de l’ombre
Lorsqu’on pense protection contre la chaleur, on pense volontiers à un abri. Mais les arbres ont une particularité : ils créent un environnement beaucoup plus riche.
Bien sûr, leur feuillage intercepte une partie du rayonnement solaire et procure de l’ombre. Or ce n’est pas uniquement la température de l’air qui compte pour un cheval exposé en plein été : le rayonnement solaire reçu directement par son corps contribue lui aussi à sa charge thermique.
Mais un environnement arboré offre également différentes expositions au soleil, au vent et aux insectes. Et celles-ci évoluent au fil de la journée.
Ce point est important car le cheval ne recherche pas nécessairement le même environnement en permanence. Des recherches sur l’utilisation de l’ombre et des abris montrent des différences importantes selon les conditions météorologiques, la pression des insectes, mais aussi entre individus.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de concevoir à sa place le lieu idéal. Il peut être plus intéressant de lui offrir plusieurs micro-environnements entre lesquels il pourra choisir.
Et si on plantait aussi au milieu des prés ?
Lorsque l’on plante des arbres autour d’une pâture, on pense souvent spontanément aux bordures : quelques arbres le long d’une clôture ou une haie périphérique.
C’est évidemment déjà précieux. Mais on peut aller plus loin.
Pourquoi ne pas créer également de petits îlots arborés à l’intérieur des parcelles ?
À mesure que le soleil se déplace, l’ombre portée par les arbres se déplace elle aussi. Selon son orientation, une haie située en périphérie peut ainsi offrir une excellente zone d’ombre à certaines heures et beaucoup moins à d’autres — voire projeter une partie de son ombre hors du pré.
Un bosquet implanté à l’intérieur de la parcelle permet au contraire d'imaginer des zones ombragées sur différentes faces au cours de la journée et de multiplier les possibilités offertes aux chevaux.
L'idée est simple : donner accès à l’ombre et permettre au cheval de choisir son micro-environnement contribue à ses possibilités d’adaptation à la chaleur.
Se protéger de la chaleur… mais aussi des insectes
C’est d’autant plus intéressant que chaleur et insectes se conjuguent souvent en été.
Mouches, taons et autres insectes peuvent fortement perturber les chevaux au pâturage et modifier leurs comportements. Face à cette pression, ils recherchent eux aussi des stratégies : changer d'endroit, se regrouper, utiliser un abri, agiter la queue, se gratter…
Nous avons ainsi vu se multiplier ces dernières années les couvertures anti-insectes / anti-mouches. Elles peuvent rendre de vrais services. Mais leur utilisation par forte chaleur mérite un peu de discernement.
Une étude expérimentale menée sur 18 chevaux exposés pendant deux heures au soleil a comparé des chevaux portant une couverture légère en coton clair à des chevaux sans couverture. Les chevaux couverts présentaient une température rectale légèrement mais significativement plus élevée et transpiraient davantage. Dans le même temps, certains comportements associés à la gêne provoquée par les insectes étaient réduits.
Autrement dit, protéger le cheval d’une contrainte peut en modifier une autre.
Cette étude ne permet évidemment pas de conclure que toutes les couvertures anti-insectes posent problème : matériaux, maillage, couleur, surface couverte et conditions météorologiques peuvent faire varier considérablement leur impact. Elle invite simplement à ne pas considérer une couverture comme thermiquement neutre et à observer son cheval lorsqu’il fait très chaud.
Là encore, disposer d’un environnement diversifié lui offre une autre possibilité : adapter lui-même son comportement aux contraintes du moment.
Un arbre, plusieurs bénéfices
Et l’intérêt des arbres ne s’arrête pas à la canicule.
Selon les essences présentes, les chevaux peuvent consommer certaines feuilles ou jeunes rameaux, ajoutant de la diversité aux ressources alimentaires disponibles. Les troncs et les branches constituent également des supports naturels pour se gratter — un comportement particulièrement utile lorsque les insectes sont nombreux.
Haies, arbres et bosquets complexifient aussi un environnement qui, dans beaucoup de pâtures, reste très uniforme. Ils créent des zones de passage, de repos, d’exploration ou de retrait et participent parallèlement à la biodiversité de la parcelle.
Un même aménagement peut donc répondre à plusieurs enjeux : protection contre le rayonnement solaire, possibilités comportementales, diversification alimentaire, grattage, enrichissement du milieu et biodiversité.
Avec toutefois une précaution essentielle : toutes les essences ne sont pas adaptées à la présence des chevaux et certaines sont toxiques. Le choix des arbres doit donc être pensé en conséquence.
Préparer les canicules quand il ne fait plus chaud
Lorsque le thermomètre approche les 30 voire les 40 °C, il est évidemment trop tard pour planter un arbre qui donnera de l’ombre dans l’après-midi.
C’est tout le paradoxe de l’adaptation au changement climatique : les mesures les plus intéressantes ne sont pas forcément celles que l’on prend pendant la crise.
Installer de l’eau, déplacer les horaires de travail, doucher, surveiller les signes de stress thermique ou rechercher une solution d’ombre immédiate restent indispensables lorsqu’une vague de chaleur arrive. Mais préparer les étés futurs demande de penser plus loin.
Un arbre planté cet automne ne protégera peut-être pas encore votre cheval l’été prochain. Mais il le protégera pour toutes les années à suivre !
Et en plus, plutôt que d’apporter une réponse unique à un problème unique, nous pouvons progressivement créer des milieux plus riches, dans lesquels les chevaux disposent de davantage de possibilités pour répondre eux-mêmes aux conditions qu’ils rencontrent.
Alors, maintenant que la pluie revient et dès que la terre redevient accueillante, plantez des arbres. Plantez des haies. Et pourquoi pas, amusez-vous à imaginer de petites îles de verdure au milieu de vos paddocks.
Les canicules de demain se préparent dès cet automne. 🍁
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Pour aller plus loin
Auclair-Ronzaud J. / IFCE (2025), Projet SHADE – Impact de la présence d’ombre sur le budget-temps et l’utilisation de l’herbe par les chevaux. Résultats de l’étude menée sur le plateau technique IFCE de Chamberet.
https://www.ifce.fr/wp-content/uploads/2025/08/DIR-lettre-focus-projet-RD-aout-2025.pdf
Auclair-Ronzaud J. / IFCE (2026), « Comment le cheval s’adapte-t-il à la chaleur ? », Parlons Cheval – Le podcast de l’IFCE, épisode 94.
Padalino B., Loy J., Hawson L., Randle H. (2019), “Effects of a light-colored cotton rug use on horse thermoregulation and behavior indicators of stress”, Journal of Veterinary Behavior, 29, 134–139.
Holcomb K.E., Stull C.L. (2016), “Effect of time and weather on preference, frequency, and duration of shade use by horses”, Journal of Animal Science, 94(4), 1653–1661.
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